Deuxième labo, le blog

Prestataire de service pour le monde de la recherche et autour de la culture scientifique

Archives de la catégorie "Coulisses"

25 mars 2010 Recherche et design (1)

Quand j’ai créé Deuxième labo avec Elifsu, c’était sur la base d’intérêts communs et de compétences distribuées. Je la savais forte en santé publique et épidémiologie, à l’aise en gestion de projet et compétente en compréhension et communication des enjeux de science-société. Elle savait pouvoir compte sur ma connaissance du web et de l’information scientifique sans compter mon penchant naturel vers les questions d’agriculture, d’environnement et de sociologie des sciences.

Mais depuis que nous travaillons ensemble, il y a des centres d’intérêt nouveaux qui émergent et pour lesquels nous convergeons naturellement, autant l’un que l’autre. Le design est de ceux-là : nous vous raconterons dans un prochain billet comment nous sommes venus à nous y intéresser mais toujours est-il que nous nous sommes retrouvés là tous les deux, à un tournant inattendu, qui n’a finalement surpris ni l’un ni l’autre. En effet, j’ai la chance d’avoir eu des parents et un parrain curieux qui m’ont fait découvrir le monde du design assez tôt, aussi bien à la maison (Gaetano Pesce, Philippe Starck, Le Corbusier…) que lors d’expositions et de visites (Charlotte Perriand, Jean Prouvé…). Ce n’est pas pour rien que quand je travaillais à Bâle, je fréquentais régulièrement le Vitra Design Museum, qui exposa quelques un de ces designers et d’autres. Ce n’est pas pour rien non plus que j’ai été abonné pendant une année à la Cité de l’architecture et du patrimoine qui venait d’ouvrir à Paris pour mettre en valeur le travail des urbanistes et architectes d’aujourd’hui.

En ombre chinoise, devant l'entrée de l'exposition Le Corbusier au Vitra Design Museum

Votre serviteur en ombre chinoise, devant l'entrée de l'exposition Le Corbusier au Vitra Design Museum

Mais quel rapport avec la recherche ? Vous le saurez bientôt…

Antoine

25 janvier 2010 Deuxième labo remporte un appel d’offres du Ministère de l’écologie

Deuxième labo animera pendant deux ans (plus une troisième année optionnelle) le programme REPERE : « Recherche et expertise pour piloter ensemble la recherche et l’expertise » du Ministère chargé de l’écologie. Ce programme est conçu pour accompagner une réforme durable du pilotage de la recherche et de l’expertise en y intégrant la participation des ONG, et fait suite aux recommandations du Grenelle de l’Environnement. Nous sommes fiers d’y être associés mais avant de vous en dire plus sur cette mission, il faut raconter en quelques mots la constitution épique de notre proposition :

  • le 28 septembre 2009, le Ministère publie son appel d’offres, avec une date limite de réponse fixée au 9 novembre (ce qui laisse donc 6 semaines pour répondre) ;
  • à notre retour de vacances le 5 octobre, nous découvrons l’appel d’offres et commençons à en parler entre nous : il est évident que le projet est intéressant et que nous nous sentons fait pour lui (à moins que ce ne soit le projet fait pour nous ?) ;
  • nous faisons le tour du paysage français pour cerner les organismes et équipes qui seraient intéressés pour monter une proposition avec nous. La Fondation sciences citoyennes (FSC) s’impose elle-même, ça tombe bien, nous devons rencontrer l’un de ses responsables dans la semaine. L’IFRIS et ses nombreux sociologues des sciences sont également bien positionnés ;
  • le 9 octobre, nous rencontrons un membre de la direction de la FSC qui n’était pas au courant de l’appel et se déclare intéressé : ils prévoient d’en discuter en interne et de nous faire part de leur décision ;
  • le même jour, nous envoyons les documents de l’appel à Matteo Merzagora pour le mettre au courant, en pensant que ses compétences en animation et son expérience des projets européens « Sciences en société » seraient utiles s’il est intéressé, et nous sondons notre contact au secteur « Sciences et société » du Ministère de la recherche ;
  • nous contactons l’IFRIS le 10 octobre par courriel, avec les encouragements de la FSC, pour leur proposer de monter un projet ensemble ;
  • le 15 octobre, nous relançons la FSC, sans succès ;
  • pendant ce temps, nous commençons à nous renseigner auprès de notre expert comptable sur les modalités pratiques d’un appel d’offres : il faut dire que c’est une première pour nous (et il s’avère que c’est aussi une première pour lui) !
  • le 20 octobre, l’IFRIS nous confirme son « intérêt pour faire quelque chose » tout en admettant que les délais sont très serrés et nous promet une réponse définitive le 26 octobre ;
  • le 26 octobre, toujours rien, nous attendons quelques jours avant de relancer le 29 par courriel puis par téléphone ;
  • le 1er novembre, la FSC nous répond que « rien ne se fera pour la deadline » en parlant également au nom de l’IFRIS. À une grosse semaine de l’échéance, se pose la question de savoir si on se lance sans eux en étant nous-même porteurs du projet. La réponse est vite prise, on tente le tout pour le tout ;
  • le long week-end du 1er novembre se passe puis nous mettons en route notre plan d’attaque :
  • grâce à notre expert-comptable, nous apprenons que le Conseil supérieur de l’Ordre et le Ministère de l’économie ont créé un Guide pratique pour la réponse des PME à la commande publique qui va nous être fort utile ;
  • Matteo Merzagora confirme sa participation, mais il nous manque toujours des compétences en matière de sociologie de la participation et de gouvernance de la recherche : nous décrochons le téléphone et nos contacts nous envoient vers Nicolas Baya-Laffite, qui sera le dernier élément de notre dispositif ;
  • nous sommes le 4 novembre, les derniers jours (et nuits) sont passés à construire et fignoler notre offre ;
  • le 9 novembre, jour J, nous passons au Ministère à la Défense (malgré les problèmes sur le RER A) pour rendre notre dossier. Le Ministère est une forteresse (partagée avec GDF Suez) : le nom d’un contact officiel et un pli confidentiel à déposer ne suffisent pas. On attend que quelqu’un descende. Mais il n’a pas le document nécessaire (récepissé de dépôt) sur lui. On le suit dans les étages, et un récepissé ad hoc est tapé et visé pour nous. Il est bientôt 16h, la deadline, mais, ouf, c’est terminé !

Antoine et Elifsu

9 juillet 2009 Images d’ornithorynque

J-13 avant l’atelier Paris-Montagne sur l’ornithorynque, nous mettons la dernière main au contenu et à l’iconographie. En effet, nous tenons à ce que chaque carte du jeu de rôle soit illustrée. Après avoir écumé les ressources en ligne, notamment les photothèques des musées australiens, c’était le tour des parutions anciennes et archives papier. Au détour d’une lecture instructive (Harriet Ritvo, 1998. The Platypus and the Mermaid and Other Figments of the Classifying Imagination, Harvard University Press), ce passage attire mon attention :

L’attrait du grand public pour l’ornithorynque, et celui des naturalistes, semblait dépendre plutôt de son étrangeté que de tout autre charme ou utilité positive. (…) Ses spécimens empaillés et son image apparaissaient plus fréquemment en dehors des cercles spécialisés que ceux des animaux exotiques similaires en taille ou en aspect. Parfois il servait à représenter les curieuses préccupations des savants, comme dans l’illustration satirique de Punch intitulée « La Réunion de la société de zoologie » où, savamment étiqueté « Ornithorynchus« , il occupe le premier plan de la table autour de laquelle ces messieurs lettrés sont réunis.

Nous voici donc lancés sur la piste du numéro de 1885 de Punch, cet hebdomadaire satirique britannique dont l’humour sophistiqué et retenu a marqué l’histoire. Or nous avons une chance, celle d’être situés de part et d’autre de la Manche. Après un petit tour à la bibliothèque de l’université d’Edimbourg, j’ai dans les mains un bel ouvrage, relié à l’ancienne.

Une belle tranche dorée à l'or fin (?!)

 À l’intérieur, une page de titre sur vieux papier, et un an d’almanach, de dessins satiriques, d’articles en tous genres…

Recueil de l'hebdomadaire Punch, année 1885

Et la fameuse page tant attendue, avec son dessin autant incongru que l’ornithorynque lui-même.

"The Meeting of the Zoological Society", Hanover Square

Elle servira à illustrer un épisode de notre histoire, quand William Haacke, conservateur du South Australian Museum, exhiba un œuf d’ornithorynque (si longtemps recherché !) devant la Royal Society of South Australia d’Adelaïde… alors que la postérité n’a retenu que le nom de William H. Caldwell qui fit son annonce le même jour, mais avait choisi le public ô combien plus prestigieux de la British Association, réuni en assemblée à Montréal !

Mais quand on parle d’images d’ornithorynque, nos visiteurs ont peut être en tête l’album du Père castor « Le Jamais-content » ? Alors ils sont invités à rejoindre le groupe Facebook créé pour célébrer ce monument de l’édition pour naturalistes en herbe !

17 juin 2009 Comment se monte un atelier de science pour le jeune public

Nous préparons actuellement un atelier pour le festival de science Paris-Montagne, organisé à l’École normale supérieure (sur la Montagne Sainte-Geneviève à Paris). L’atelier sera montré du 22 au 25 juillet inclus, le dernier jour étant ouvert aux individuels de 14h à 19h.

Le titre de cet atelier ? « Les [r]évolutions de l’ornithorynque », un clin d’œil au mot d’ordre du festival cette année : [R]évolution. Pourquoi l’ornithorynque ? Nous aurons l’occasion d’en reparler… Au moment où nous mettons les dernières touches à son contenu et son déroulement, je suis surtout frappé par le panel des rôles qu’il nous a fallu assumer :

  • élaboration des objectifs pédagogiques et adaptation au public attendu
  • revue de littérature sur l’ornithorynque, utilisant moult bases de données bibliographiques et moteurs de recherche (JSTOR, Web of Science, Scirus)
  • conception de la forme de l’atelier et de son déroulement (en l’occurrence, nous avons choisi un jeu de rôle)
  • recherche d’illustrations, auprès d’institutions spécialisées (y compris de nombreux musées, ce qui nécessite de résoudre les questions de droit d’auteur et de démêler les autorisations d’utilisation) mais aussi dans les contenus sous licence libre du web (par exemple sur Flickr) et dans la littérature scientifique (avec des moteurs spécialisés comme BioText Search Engine)
  • mise au point et conception des cartes de jeu, des supports pédagogiques etc.

Nous n’avions pas cru que le désir très fort de monter un atelier pour le jeune public mobiliserait autant des atouts de Deuxième labo, et cet exercice s’est avéré finalement très complet. Reste à tester le jour J nos capacités d’animation et de pédagogie !

Antoine

1 mai 2009 Combiner recherche et enseignement à l’université

Dans le cadre d’une longue série intitulée « Ten simple rules » ( »10 règles simples »), la revue PLoS Computational Biology offrait il y a quelques jours ses conseils pour combiner recherche et enseignement à l’université. Pêle-mêle, il est question d’allouer un temps précis à l’un et à l’autre, de solliciter les collègues et demander de l’aide autour de soi pour ne pas réinventer la roue, de ne pas accepter trop de charges administratives qui ne soient pas directement utiles et de commencer à enseigner le plus tôt possible dans sa carrière.

Parmi les conseils énoncés, il y en a un qui dit précisément : « N’ayez pas peur d’utiliser vos travaux de recherche dans votre enseignement », avec le constat que 1) on ne maîtrise jamais aussi bien un sujet que celui sur lequel on travaille, que 2) les étudiants sont toujours ravis d’avoir une idée des recherches qui sont menées au laboratoire et que 3) cela permet d’intéresser et de recruter des petites mains. Très juste. Mais rien n’est dit sur le chemin inverse, celui qui consisterait à utiliser son enseignement dans ses recherches, à part cette phrase :

Conversely, there is wisdom in crowds. Consider having students review aspects of your research that fit the course and get feedback. You will be surprised at what useful information can come from students critiquing a new manuscript or proposing new experiments.

À l’inverse, il y a la sagesse des foules. Pensez à utiliser les étudiants pour passer en revue des aspects de vos recherches qui rentrent dans le cadre du cours et à obtenir des retours. Vous serez surpris comment des étudiants critiquant un nouveau manuscrit ou proposant de nouvelles expériences peuvent apporter des informations utiles.

Cette idée est plutôt contre-intuitive puisqu’on s’imagine l’enseignement comme un rabâchage de choses sues, sans intérêt ni heuristique ni cognitif. Et quand elle est avancée, comme ici, c’est souvent de façon vague et sans détails concrets. Pourtant chez Deuxième labo, nous connaissons au moins un exemple d’enseignement qui a fait naître une piste originale de recherche, laquelle s’est avérée concluante et a abouti à plusiques publications. À l’heure où le mouvement des universitaires interroge profondément cette question de l’imbrication entre enseignement et recherche, et de leur enrichissement mutuel, il serait intéressant d’approfondir cette étude de cas et éventuellement d’en généraliser les enseignements.

À ce stade de la réflexion, il manque à Deuxième labo des idées exactes sur la façon dont cette matière pourrait être exploitée et le rôle que nous pourrions y jouer. Mais l’idée et l’envie restent présentes, en espérant que l’occasion se présente d’elle-même ou que nous trouvions une solution intéressante !

Antoine

29 avril 2009 Faire-part de naissance

Nous avons le bonheur de vous faire part de la naissance officielle de Deuxième labo SARL. Après de longues semaines de gestation, les choses sérieuses vont pouvoir commencer, en espérant que ce soit pour de longues années…

Les parents (ici, devant la Chambre de commerce et d’industrie de Paris et au moment de procéder aux formalités de dépôt) se portent bien !

En Vélib' à la CCI de Paris

Bourse du commerce

Elifsu et Antoine

1 avril 2009 Premiers frissons

Pendant qu’Elifsu est à Berder (où elle en prend plein les mirettes, sans doute, mais où elle se démène aussi en tant que membre du comité d’organisation !), je commencer à  travailler sur un rythme de croisière, beaucoup plus que les premières semaines de mise en place et tâtonnement. Certes, nous n’avons pas encore trouvé de réponse à  toutes nos questions (cette aventure est-elle durable ? quelle organisation du travail est la plus satisfaisante et la plus productive à  la fois ? quels détails administratifs et comptables faut-il encore régler ?) mais les premiers clients sont là  et nos projets mûrissent.

Ainsi, cette semaine se divise entre du temps « facturé » passé sur une recherche bibliographique pour un laboratoire engagé dans un projet ANR, une réponse à  donner pour un projet qui pourrait démarrer rapidement, la finalisation de deux projets que l’on va soumettre bientôt à  des commanditaires, la réflexion sur un projet de film documentaire qui est encore à  un stade très initial mais pour lequel des noms d’intervenants se dégagent sûrement (merci à  notre réseau !) et la réflexion « pour le plaisir », sans autre but que la satisfaction intellectuelle.

De cette dernière, je peux dire quelques mots. Il s’agit de développer la critique du film de Mathias Théry que j’avais publiée sur mon blog, en compagnie d’une camarade de jeu du groupe Traces, Hélène. Du coup, je regarde actuellement, par petits bouts (entrecoupés de prises de notes et des autres urgences mentionnées précédemment) le film « Cherche toujours » et ma compagne en profite également.

Au final, j’ai vraiment l’impression d’avoir trouvé un équilibre intéressant. Mais instable. Il faut toujours faire attention à  ne pas tratcheler (faire tellement de choses qu’on ne fait rien de concret finalement — c’est du dialecte morbihanais, voire même belle-îlois), à  ne pas se laisser envahir non plus, et à  se projeter suffisamment dans l’avenir pour pouvoir le préparer.

Antoine